Au lendemain de la libération de l'Alsace, les scouts et guides comptent leurs morts et espèrent le retour des disparus. Très tôt on pense à réaliser un mémorial. Le lieu est tout choisi, ce sera le Dompeter.

 

Centre spirituel des Scouts et Guides d'Alsace avant guerre, l'église est restée durant l'annexion un lieu de rencontre clandestine pour les jeunes du mouvement.

 

« Nous avons pris l'habitude de confier au Dompeter nos souvenirs les plus chers. Nous y avons déposé notre premier gonfanon de Province, puis la statuette de la Vierge de Strasbourg, symbole de nos souffrances, de nos prières et de notre délivrance. A présent, nous confions aussi au Dompeter la trop longue liste de nos frères Scouts morts pour la Patrie. » Ces quelques lignes écrient en 1950 par René Hirlemann, Commissaire de Province décrivent la nouvelle fonction de l'église des Scouts de France d'Alsace, celle de mémorial. »

 

Dès la fin de la guerre le projet est en germe. Dans le Bulletin de liaison des Chefs de la province Alsace de décembre 1945, un premier appel est lancé. Les chefs de groupe et chef de clan sont prié de bien vouloir communiquer à leur chef de district les noms et prénom des aumôniers, chefs et scouts morts pour la France, tant dans les rangs de l'Armée Française et du Maquis que sous l'uniforme allemand ou dans les camp de concentration.

 

Le projet d'alors est d'apposer dans le chœur du Dompeter une plaque commémorative portant les noms des morts.

 

Une première liste est réalisée, elle compte 122 noms. Parmi c'est noms, 51 sont décédés sous l'uniforme français, soit lors de l'invasion de 1940 ou lors la libération. 54 sont tombés sous l'uniforme allemand qui leur était imposé. Pendant les heures de la résistance et dans le maquis, 6 scouts ont donné leur vie. Neuf scouts ont disparu dans les camps de concentration et enfin en tant que victimes civiles, 2 scouts sont morts lors de bombardements.

 

Un autre projet va s'ajouter à celui de la plaque commémorative. Il s'agit de l'édification d'un autel mémorial en grés des Vosges.

 

En 1950, Pierre Schmidt-le Roi écrit aux familles dont l'un des membre est tombé durant la guerre:

Ne nous en veuillez pas de réveiller en vous la douleur que vous a laissé au cœur, la mort de notre cher frère scout disparu dans la tourmente. Nous tenons à réaliser notre promesse d'ériger, à la mémoire des scouts de la Province d'Alsace, un mémorial sous forme d'un autel, au Dompeter, le sanctuaire  alsacien des scouts de France,

En simple grès des Vosges il portera le nom de votre défunt et des 150 scouts d'Alsace qui ont comme lui, donné leur vie pour la Liberté et la dignité humaine. Il sera consacré par Monseigneur l'Évêque de Strasbourg, le lundi de Pentecôte 1950, Tous les scouts participeront par une obole personnelle aux dépenses de cet autel mémorial. Le montant importe peu. C'est la participation de tous, si faible fut-elle, que nous cherchons...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A la Pentecôte 1950, les Scouts de France se réunissent au Dompeter où ils célèbrent un triple évènement : le 30e anniversaire du mouvement et le 9ème centenaire du Dompeter. A cette occasion Mgr WEBER, évêque de Strasbourg consacre le nouvel autel-mémorial,

 

Le même jour, trois plaques en bois sont  apposées. Les noms de 185 scouts d'Alsace y sont gravés, Quelques année plus tard, les trois plaques sont remplacées par 6 plaques sur lesquelles sont pyrogravés les noms de 214 scouts

 

 

Le 11 novembre 1998, les panneaux en bois sont remplacés par des plaques en grès des Vosges. Ces nouvelles plaques ont été réalisées grâce à la contribution financière du Souvenir Français,

 

Lionel Godmet

 

 

Le Christ de la Croix du Dompeter a les yeux mi-clos (presque identiquement à la Crucifixion conservée au Metropolitan Museum .

 

Il apparaît clairement sur la Croix du Dompeter, que les épines ~en fer- ont été rajoutées ultérieurement. Hélas l'oxydation des ces épines a engendré de la rouille et par gonflement du métal, la tête a commencé à se fissurer.

 

On a donc ici une Croix vraisemblablement plus ancienne qu'il n'y parait et dont la sculpture est très certainement antérieure à 1653. La date de 1653 serait celle de l'érection de la Croix dans le cimetière du Dompeter et non celle de sa sculpture.

 

 

Après la peste, les ravages et les exactions commis pendant la guerre de Trente ans, les survivants n'avaient certainement pas les moyens de financer9 la sculpture d'un Exvote conséquent. Ils se seraient donc adressés à un sculpteur local pour obtenir une Croix à moindre coût. Après les désastres de la guerre, le sculpteur a peut-être récupéré une croix ancienne sur un chantier de reconstruction d'une église ou d'un couvent. Dans ce cas le monogramme IG serait bien celui du sculpteur originel et non la «marque de fabrique» de Peter BRONNER. Selon certaines sources documentaires, cette Croix pourrait provenir de Strasbourg ou de Molsheim.

 

Il est possible aussi que Peter BRONNER soit le véritable sculpteur de ce Christ en Croix et qu'il se soit inspiré de modèles plus anciens pour réaliser cette œuvre.

 

 

A noter aussi la confusion qui est souvent faite, dans de nombreux écrits entre tailleur de pierre et sculpteur. Le tailleur de pierre donne aux blocs de pierre la forme qu'ils doivent avoir pour s'intégrer une construction. Alors que le sculpteur décore ensuite la pierre qui a été taillé, c'est un artiste. On est en général d'abord tailleur avant d'être sculpteur.

 

Une fiche rédigée par le Ministère de la Culture ~ base numérique Mérimée ~ attribue une Croix de chemin dite du Moulin des Pierres à Geispolsheim, à «Peter Bronner, tailleur de pierre à Rosheim entre 1630 et 1669 ». On trouve également une croix identique à celle du Dompeter, à Limersheim, avec la même position des doigts et. la même couronne « d'épines ».

Pierre Branner était-il plus spécifiquement tailleur de pierre ou sculpteur, ou les deux à la fois 7 Aurait-il simplement, sans toucher à la sculpture d'origine (sinon à rajouter des épines métalliques) retaillé, recalibré une croix ancienne provenant d'un calvaire plus monumental pour mieux l'intégrer selon la demande des commanditaires, dans un espace plus réduit entre les tombes, à l'entrée du cimetière du Dompeter ?

Une chose semble quasi-certaine: les épines (ou rayons de soleil ?) en fer qui ont été rajoutées à l'arrière de la tête du Christ ne datent pas de 1653! En 356 ans d'existence (de 1653 à 2009), les intempéries, le gel, la pluie, le vent et la rouille auraient largement eu le temps d'éroder le métal. L'ajout des épines (ou rayons) métalliques est donc postérieur à 1653. Cet ajout aurait-il été fait au XIXe siècle ?

 

 

En conclusion

La Croix Du cimetière du Dompeter n’a pas fini de livrer ses mystères.

Saviez vous, avant d'avoir lu ces quelques pages d'enquête, que lorsque vous passiez devant la Croix du Cimetière du Dompeter sans y jeter un regard, le Christ vous regardait du haut de la Croix, discrètement, les yeux mi-clos, attendant que vous preniez un temps d'arrêt pour recevoir sa bénédiction, de l'une de ses deux mains aux trois doigts réunis, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.  Amen

Serge HAAG - Janvier 2010

 

Le soixantième anniversaire duMémorial des scouts d'Alsace