Ancien président de la section du Bas-Rhin de l’Association Nationale Rhin et Danube, Louis Roetsch est décédé le 2 août dernier à Strasbourg, dans une grande discrétion selon sa volonté. Ancien chef du service Contentieux de la Caisse d’Allocations familiales, établissement qu’il a intégrée après la Libération, puis de l’URSSAF où il a achevé sa carrière professionnelle, il était aussi « citoyen d’honneur de Brumath » depuis 2004, ville où il s’était établi en 1975, avant de rejoindre récemment celle de Hœnheim pour un meilleur suivi de sa santé.

 

  Cet ancien de la 1ère Armée française avait pleinement pris fait et cause contre l’occupation allemande dès le début de la guerre. Mais, surtout, il a été le l’organisateur-réalisateur de l’évasion, dans la nuit du 2 au 3 septembre 1943, du général Jean de Lattre de Tassigny.

Après sa condamnation à dix ans de prison pour « abandon de poste » par la juridiction spéciale que fut le Tribunal d’Etat, siégeant en la circonstance à Lyon, celui-ci avait été transféré le 2 février 1943 à la prison de Riom (Puy de Dôme).

 En concentrant sa division vers les Corbières et les Cévennes, le général de Lattre, chef de la XVIème division militaire à Montpellier (zone libre), avait ignoré l’ordre de l’État-major demandant aux commandants des troupes françaises de faire bon accueil à l’armée allemande qui venait de franchir la ligne de démarcation le 11 novembre 1942.

 

     Louis Roetsch, né le 15 août 1917 à Strasbourg, jeune engagé volontaire en 1937 pour une durée de trois ans, avait été incorporé au 309ème Régiment d’artillerie. Muté dans une compagnie du Train du Quartier général dès 1938, il sera mis au service du colonel de Lattre, alors chef d’Etat-major du gouverneur militaire de Strasbourg.

 

Avec les grades successifs de brigadier et de brigadier-chef, il ne le quittera quasiment plus tout en étant démobilisé à partir d’août 1940 : nommé comme chauffeur, il le suivra dans ses mutations (Tunisie, Montpellier, Clermont-Ferrand…). Après l’arrestation de son chef, le 11 novembre 1942, que le Gouvernement de Vichy soupçonnait de vouloir se rapprocher des troupes américaines et britanniques en Afrique du Nord, il « disparaît » pour participer aux Forces françaises combattantes (FFC, réseau GALLIA). C’est dans ce cadre qu’il organise, avec la complicité de sa femme Léonie Dahl dite Micky (1920-2000), l’évasion du général de Lattre, et ceci en parfaite liaison avec son épouse Simone et de son fils Bernard. Cette opération intervient après l’échec d’une précédente préparée par un réseau obéissant aux ordres du général Henri Giraud. Organisant un commando de 7 personnes, Louis Roetsch réussit à faire évader Jean de Lattre qui put entrer dans l’histoire de la Libération comme commandant en chef de la 1ère Armée qu’il a constituée avec le chef de la France libre !

     En effet, le 17 octobre, Radio Londres signalera que : « Chat huant est bien arrivé ; Embrasse Moineau et Pinson ; Il veut que Pinson devienne Colibri ». Autrement dit, après ce succès, Bernard est à son tour invité à rejoindre son père et le Général de Gaulle.

 Après le débarquement de la 1ère Armée, le 15 août 1944, en Provence, Louis Roetsch s’engagera dans celle-ci à Macon. Affecté au Quartier général, il redevient le chauffeur de son chef et le suivra partout, du Rhin au Danube.

 Il sera démobilisé en août 1945 mais intégré dans la réserve avec le grade de lieutenant, puis successivement promu capitaine et commandant.

Comme il nous l’a raconté plus tard, il s’était fait démobilisé en 1940 dans un but précis : rester à la disposition de son chef et de sa famille.

 

 Cv        L’histoire de cette évasion a été racontée par ses témoins, dont Louis Roetsch, dans l’ouvrage de Robert Fourgous intitulé La longue nuit du général. La nuit où Jean de Lattre faussa compagnie à ses gardiens. Evénements survenus à la Maison d’arrêt de Riom 2-3 septembre 1942

En plus des félicitations personnelles du général de Lattre à Louis Roetsch par courrier daté du 1er février 1946, cette opération exceptionnelle comme ses faits d’armes ultérieurs seront reconnus par la République qui lui décernera plusieurs distinctions dont la Croix du combattant volontaire de la Résistance et la Légion d’honneur.

Louis Roetsch a été promu officier dans l’Ordre national le 14 juillet 1983.

 

Professeur Michel Mathien

Membre du Souvenir Français

 

 

 

Editions Créer, Nonette, 2001. Préface d’André Méric, Secrétaire d’Etat aux Anciens combattants.

Décès de Louis Roetsch

 

Le libérateur du Maréchal de Lattre emprisonné à Riom