Vallée de Villé Cérémonie pour le lieutenant Wikholm 70 ans

 après le crash de son avion Un hommage sur la terre

comme au ciel

Patrick Baumann, Jean-Luc Stauffer et le consul général des États-Unis (de g. à dr.) entourent avec sympathie M. Wikholm, très ému derrière la stèle de son frère aîné.

Une cérémonie émouvante a été organisée, hier, par le Souvenir Français dans la forêt entre Saint-Pierre-Bois et Triembach-au-Val, non loin de l’endroit où s’est crashé le 18 mars 1944 l’avion du lieutenant de l’US Air Force Bradford Wikholm. Soixante-dix ans après sa mort, un hommage lui a été rendu sur terre mais aussi dans les airs, en présence de son frère venu des États-Unis.

« Le nom du lieutenant Bradford Wikholm est indissociable de Saint-Pierre-Bois/Hohwarth. Son avion s’est crashé dans la forêt entre Hohwarth et le Sauloch en revenant d’une mission de bombardement en Allemagne le 18 mars 1944. Le moteur en feu, son avion s’approcha dangereusement du village mais il a pu éviter une catastrophe et préserver l’église du Saint-Gilles. Sa dépouille avait été enterrée au cimetière de l’église avant d’être transférée à San Francisco aux États-Unis, d’où il était originaire, au début des années 50 », affirme le maire de Saint-Pierre-Bois Daniel Gross.

Hier après-midi, cette cérémonie des 70 ans de la mort du lieutenant Wikholm a réuni Français et Américains dans cette forêt, à l’endroit d’une stèle posée il y a dix ans en l’honneur du pilote de l’US Air Force. Tout a été programmé à la minute près avec la présence de nombreux élus et officiels dont les généraux Claver et Ryan, le consul général des États-Unis ainsi que la gendarmerie mobile, les pompiers, les porte-drapeaux et des membres d’associations d’anciens combattants.

Toutes les têtes se sont d’abord levées pour voir passer un P51 Mustang, avion « très rare à observer », selon le maître de cérémonie Michel Hulné, président de l’amicale des Diables Bleus de Sélestat. L’avion a survolé la zone plusieurs fois de suite avant de repartir. Puis chacun a eu les yeux rivés sur le petit frère du lieutenant Wikholm qui, malgré ses 82 ans, est venu des États-Unis pour lui rendre un dernier hommage devant sa stèle.

Avec le maire de Saint-Pierre-Bois, il a dévoilé la nouvelle plaque qui est dédiée au pilote. Celle-ci a été bénie par un curé. Puis il a prononcé un petit discours en français : « Il y a plus de 60 ans, je parlais très bien le français mais j’ai oublié tout ce que je savais. Veuillez avoir de la patience. »

Sa voix trahissait l’émotion d’être ici. Il a parlé de son frère, « l’aîné de la famille », comme si c’était « un dieu qui pouvait faire tout mieux que n’importe qui. C’était un pilote exceptionnel. J’ai été totalement détruit en apprenant sa mort. Je suis très fier d’assister à cette magnifique cérémonie ». Il a tenu à remercier publiquement Patrick Baumann, président de l’association du Souvenir aérien dans l’Est de la France, et Jean-Luc Stauffer, président du Souvenir Français du val de Villé « qui ont rendu cela possible. »

« Les sacrifices partagés, la mémoire aussi »

Le consul général des États-Unis a rappelé, à son tour, que l’US Air Force a perdu quelques bombardiers durant la Deuxième Guerre mondiale. « Ce sont 88 000 aviateurs qui sont morts et 92 avions qui sont tombés en Alsace. Les sacrifices ont été partagés, la mémoire aussi », a-t-il indiqué.

Jean-Luc Stauffer a pris la parole pour exprimer les trois mots qui lui venaient à l’esprit : « Recueillement pour ce lieutenant de 23 ans décédé dans le crash de son avion. Respect pour son acte de bravoure alors qu’il est resté aux commandes de son appareil jusqu’au dernier moment pour éviter le village. Hommage avec cette plaque qui est une trace matérielle permettant d’ancrer le souvenir de ce valeureux aviateur dans la mémoire collective. » Son discours a été traduit en anglais pour M. Wikholm et sa famille.

Après lecture d’un poème par des enfants, plusieurs dépôts de gerbe ont été réalisés. À la fin de la cérémonie, les appareils photos et smartphones ont immortalisé la plaque inaugurée en souvenir de cette belle cérémonie.