(voir en annexe l’historique du réseau « Alliance »

           Le 1er avril 1944 – il y a 70 ans – 14 résistants du réseau « Alliance –(12 français et 2 belges) ont été fusillés par un peloton d’exécution de la Wehrmacht dans la forêt du Hardtwald près de Karlsruhe.

           Pour cet anniversaire, la Municipalité de Karlsruhe inaugurait une stèle commémorative à la mémoire de ces hommes qui payèrent de leur vie leur engagement dans la lutte contre le régime nazie, pour la Paix et pour une Europe libérée de la barbarie.

           Un car entier partait de Strasbourg emmenant certes des adhérents du Souvenir Français, mais surtout des parents des  14 disparus venus de Marseille, Béziers, Paris et de Belgique. ainsi que trois membres de Rhin et Danube

           Un couple d’enseignants allemands habitant Karlsruhe, Gehrardt et Brigitt BRAENDLE ont fait des recherches de longue haleine pour retrouver trace de ces parents.

           Ils ont été accueillis et  regroupés à Strasbourg  afin qu’ils fassent connaissance les uns des autres.

           Bref, tous étaient présents à l’heure dite à l’orée de la forêt du Hardtwald.

           Le Maire de Karlsruhe, une importante délégation de son conseil municipal, Monsieur Michel CHARBONNIER  Consul général de France à Stuttgart, Monsieur Robert Walter du Centre culturel franco-allemand , le Prof. J. Laurent VONAUconseiller général du Bas-Rhin  nous ont accueillis.

           Par leur présence, les étudiants  et le choeur des filles de l’Ecole européenne qui ont interprété un spititual ainsi que l’Hymne européen a rehaussé la cérémonie.

           L’alternance des discours français- allemands faits par le Dr Frank MENTRUP, Mireille HINCKER et Françoise MALBOSC (dont le grand-père a été fusillé) n’a pas fait oublier l’émotion perceptible des participants à cette cérémonie du souvenir.

 

 

                     

 

 

 

 

 

 

La stèle a été dévoilée par le Dr Frank MENTRUP,  Madame Mireille HINCKER , Madame POLAK (fille du Général FLAMANT qui figure parmi les victimes) Madame MALBOSC ainsi que Gehrardt et Brigitt BRAENDLE

           Des jeunes-filles de l’Ecole européenne ont déposé 14 roses au pied de la stèle

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Détails de la stèle (en allemand et en français)

 

 

 

           Nous nous sommes tous rendus , porte-drapeaux en tête- au « champ de  tir » , lieu de la fusillade, pour rendre un dernier hommage à ces hommes d’exception.

           A partir des archives de la Wehrmacht, M. le maire a pu retracer avec beaucoup d’émotion les derniers moments du parcours terrestre de ces martyrs.

          

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

           Après la cérémonie nous avons été invité à l’Ecole européenne à une rencontre conviviale  accompagnée d’une  agréable dégustation

           M. Tom HOYEM , directeur  nous présente  cet établissement fréquenté par plus de 1000 élèves de nationalités différentes

           Enfin , la Municipalité de Karlsruhe nous a offert une visite (accompagnée par des guides français) de la superbe exposition présentée dans le Château baroque de Karlsruhe.

           Ce déplacement nous fit du bien et nous oblige à réfléchir sur ces odieux évènements arrivés dans la période trouble et barbare de la 2ème guerre Mondiale.

LE RESEAU « ALLIANCE »

 

Le Réseau de résistance « Alliance » est né fin août 1940 à OLORON (64) par la volonté d’un noyau de Français qui, à l’instar du Général de GAULLE, décidèrent que la  guerre n’était ni terminée ni perdue et qu’il convenait de poursuivre la lutte par tous les moyens.

 

A sa tête se trouvaient deux personnalités clés : le commandant Georges LOUSTAUNAU-LACAU, officier de carrière, major de la promotion de l’Ecole de Guerre dont était issu le Colonel de GAULLE, et Madame Marie-Madeleine MERIC, ancienne secrétaire générale d’un groupe de publications que dirigeait précisément le commandant sous son nom de plume, « Navarre ».

 

Animés de sentiments patriotiques ardents, l’analyse de la situation qu’ils vivaient en cet été de 1940, les amena progressivement aux conclusions qui guideront désormais leurs actes, à savoir : 

 

qu’une action militaire par les armes étant impensable dans l’immédiat, il convenait d’employer d’autres moyens pour aider les combattants français et alliés de Londres.

 

que, dans la situation du moment, l’aide la plus appropriée et la plus efficace se situait dans le domaine du renseignement sur l’ennemi, sans lequel le meilleur stratège demeure aveugle. A un moment, où pesait sur les îles britanniques la menace d’une invasion, toute information venant du continent et concernant l’adversaire, ne pouvait qu’être précieuse, tant dans l’immédiat que pour les intentions ultérieures de l’envahisseur.

 

            Dans l’exaltation de l’été 1940, les Allemands crurent avoir tué l’âme de la France. Bientôt, cependant, une immense toile d’araignée se tissait dans l’ombre autour des occupants. Plusieurs réseaux, aux objectifs divers, s’ignorant le plus souvent, entreprirent ainsi parallèlement un travail souterrain au profit des forces alliées. Parmi eux, en première place, l’ « Alliance ».

 

Des contacts pris rapidement avec Londres, il ressortit que les Forces Françaises Libres, encore au stade de la mise sur pied, ne disposaient que de peu de possibilités d’appui et que les Anglais, compte tenu de l’urgence de la situation, étaient disposés à fournir à brève échéance une aide en moyens de transmission pour l’acheminement de renseignements qui leur apparaissaient indispensables. C’est cette disponibilité qui détermina au départ l’action du réseau.

Un contact essentiel de mise au point entre le Commander Kenneth COHEN, l’un des membres importants de l’Intelligence Service, et les représentants du réseau fraîchement créé eut lieu à Lisbonne en avril 1941 avec le Commandant LOUSTAUNAU-LACAU, puis, quelque temps plus tard, à Madrid, avec Marie-Madeleine MERIC.

 « L’Angleterre luttera jusqu’au bout! La bataille de terre est perdue, celle de l’air indécise, mais la mer tiendra bon » leur affirmeront les représentants britanniques.

Tout dépendra, en définitive, de la maîtrise des communications maritimes pour assurer l’acheminement de renforts d’outre-Atlantique.

 

 

A l’issue de ces réunions, il était entendu qu’« Alliance » serait relié à l’Intelligence Service. Ce fut le seul grand réseau de renseignements français dans ce cas, ce qui ne l’empêchait pas d’être ponctuellement en rapport avec le Bureau Central de Renseignement et d’Action de la France Libre, dirigé par le Colonel DEWAWRIN, dit « PASSY », auquel le réseau se ralliera finalement après l’éviction du Général GIRAUD de la scène politique.

 

  C’est donc en premier lieu vers l’Angleterre, que LOUSTAUNAU-LACAU et MARIE-MADELEINE, son chef d’état-major, (alias « Poz 55 »), se tournèrent pour obtenir une aide technique et une assistance financière. Le premier poste émetteur leur fut livré en avril 1941, soit 8 mois après la création du réseau.

       Le 24 mai, « Navarre » se rendit à Alger pour épauler le Commandant Léon FAYE dans ses efforts de ralliement d’officiers désireux de poursuivre la lutte. Cette tentative trouva son épilogue dans l’arrestation des intéressés, leur condamnation par Vichy, et, pour certains, la plongée ultérieure dans la clandestinité.

     Le commandant LOUSTAUNAU-LACAU, après avoir été relâché, fut à nouveau arrêté en juillet. Jugé, condamné à une peine de deux ans de prison pour atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat, il fut incarcéré par Vichy, puis, ultérieurement, remis aux Allemands, qui le déportèrent au camp de concentration de MAUTHAUSEN (Autriche).

 

Le fondateur du réseau neutralisé, c’est à son adjointe «Poz 55», que reviendra la difficile et redoutable mission d’assurer la continuité de l’action entreprise par « Alliance ». Elle sera confirmée dans ses fonctions par Londres dès l’annonce du verdict frappant son chef.

 

        Quand au commandant FAYE, qui n’avait été condamné qu’à deux mois de prison, il rejoignit « Alliance » et plongea dans la clandestinité à l’issue d’une incarcération qui dura en fait 5 mois. Il devait par la suite jouer un rôle de premier plan au sein du réseau, dont il devint, aux cotés de son nouveau « patron », à la fois le chef d’état-major et le conseiller militaire.

Mais reprenons l’évolution des activités et le développement du réseau :

De 2 résistants au départ en été 1940, ils seront 50 à Noël, 150 au printemps 1941, pour atteindre 2000 à la fin de l’année 1942 et environ 3000 en 1943.

-      A l’automne 1941, 6 émetteurs fonctionnaient, aussi bien en zone libre qu’en zone occupée (Pau, Marseille, Nice, Lyon, Paris et Caen). En 1943, le nombre d’émetteurs en service atteignit la cinquantaine.

D’autre part, il y a lieu de relever qu’« Alliance » avait obtenu en 1943 un statut militaire qui, de fait, l’assimilait à une unité régulière de l’armée.

-      Cette montée en puissance était le fruit d’un travail acharné, très apprécié par les états-majors, ce qui avait incité les Anglais à apporter un soutien massif à l’action menée. A partir de 1943, le réseau fonctionnait dans la plénitude de ses possibilités d’action. L’abondance des courriers, ses succès, connus des Allemands, ne pouvaient qu’irriter ces derniers au plus haut point.

  

Du côté allemand, l’Abwehr (le contre-espionnage), le Sicherheitsdienst (Service de sécurité) et la Gestapo (police secrète d’Etat), se rendaient fort bien compte, du danger que représentait pour les intérêts allemands la masse redoutable d’informations secrètes transmises aux Alliés par ce réseau particulièrement opérationnel, dont les agents venaient de surcroît d’adopter un nouveau pseudonyme choisi parmi les noms d’animaux.

Il fallait, de toute évidence, supprimer, dans les délais les plus brefs, les menaces que faisaient peser sur leurs opérations militaires les informations recueillies et transmises par le réseau français, dénommé désormais par les services allemands «ARCHE de NOE », désignation adaptée aux nouveaux pseudonymes.

 

Ce n’est donc pas étonnant que, dès l’occupation de la zone libre en novembre 1942, ils se lancèrent, tous moyens réunis, y compris l’apport de la police française, dans l’exécution d’une opération d’envergure visant à neutraliser à tout prix les activités du réseau.

 

Ces activités, quelles étaient -elles concrètement ?

 

Au départ, rappelons que la priorité était donnée au « Renseignement marine ». Celui-ci portait alors essentiellement sur les activités des sous-marins de la « Kriegsmarine » basés dans les ports français de l’Atlantique (nombre, classe, mouvements, abris, etc.).

Dans ce domaine, l’Ingénieur Général du génie maritime Jacques,- Camille,- Louis STOSSKOPF, excella par la précision et la valeur des renseignements transmis à Londres par le groupe de recherche clandestine qu’il avait créé et animé à Lorient.

Découvert et arrêté en février 1944, il sera exécuté au Struthof le 1er septembre avec 106 de ses camarades appartenant au même réseau.

 

S’y ajoutèrent progressivement, à la demande des états-majors :

les terrains d’aviation et leurs occupants ;

les transferts de troupes (vers la Russie, plus tard vers la Normandie) ;

les emplacements des dépôts de carburants, lieux de stockage de matériels, transports, destinations ;

l’organisation des positions de défense (mur de l’Atlantique, Organisation TODT) ;

les armes nouvelles ;

la reconstitution de l’ordre de bataille ;

Par ailleurs, « Alliance » avait organisé une filière d’exfiltration de personnalités et d’aviateurs de la Royal Air Force tombés sur le sol français, dont bénéficiaient également les volontaires désireux de rejoindre les combattants des forces françaises en Afrique.

 

 

 

Parmi les succès majeurs il y a lieu de citer : 

 

         -    la haute valeur des informations transmises par la section « marine » ;

la réussite spectaculaire, en 1942, de l’évasion en sous-marin du Général Giraud pour Alger ;

l’organisation parfaite des liaisons aériennes clandestines ;

la fourniture, en 1944, d’un plan des défenses de la presqu’île du Cotentin d’une longueur de 17 mètres, exécuté dans ses moindres détails ;

l’information, en avril 1941, émanant de Russes blancs, faisant état de l’invasion imminente de l’U.R.S.S par les Allemand ;

la communication, en fin d’année 1943, provenant de source sérieuse, signalant la préparation d’un attentat contre Hitler, mais qui laissa Londres insensible à l’idée de négocier une variante de la reddition sans conditions ;

enfin, les précieux renseignements concernant la base de PEENEMÜNDE, la mise au point des projectiles-fusées du type V1 etV2, ainsi que la localisation de leurs rampes de lancement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qui donc étaient ces combattants de l’ombre ?

 

Engagés avec une foi inébranlable et un dévouement total dans une lutte périlleuse contre l’envahisseur, rien, au départ, ne semblait les désigner pour l’héroïsme et l’aventure ?

En fait, ils appartenaient aux milieux les plus divers. Issus de toutes les provinces françaises, ils s’étaient simplement unis pour mettre en commun leurs forces morales et matérielles au service d’un même idéal : la délivrance de la Patrie.

C’est dire que les problèmes politiques, contrairement à ce qui semble s’être passé dans certains autres mouvements de résistance, n’étaient pas au premier plan des soucis de l’« Alliance ».

 

 

Organisation et fonctionnement du réseau

 

Au départ, le réseau était organisé de façon très classique par la définition d’un quadrillage plaqué sur les deux parties du territoire français (zone occupée et zone libre) imposées par les Allemands lors de la signature de l’armistice le 22 juin 1940.

Spécialisé dans la recherche de renseignements militaires, « Alliance » créa rapidement un certain nombre d’espaces d’investigations répartis sur la totalité du territoire, dont il fallait «garnir les cases» avec des agents de recherche, des chefs de secteurs et des agents de liaison. L’ensemble était coordonné par un poste de commandement (P.C.) régional, lui-même rattaché à un organisme de direction national.

Les renseignements recueillis étaient adressés au « Grand état-major allié » grâce aux émissions d’un important réseau clandestin de transmissions dirigé par la « Centrale » de Londres. Ces liaisons étaient complétées par des courriers réguliers utilisant selon les besoins des avions de type « Lysander », un sous-marin, ou des vedettes rapides, qui emportaient mensuellement les informations rassemblées en France et amenaient ou exfiltraient des agents du réseau. Enfin, de fréquents parachutages assuraient le ravitaillement en matériels de toutes sortes, tels que : appareils radio, questionnaires, armes, fonds, livres, vêtements, etc.

Pour accomplir ces différentes tâches, « Alliance » mit sur pied une organisation régionale souple, très décentralisée, subdivisée en secteurs couvrant un ou plusieurs départements. Ceux-ci avaient été nantis de noms tels que «  Forteresse » , « Chapelle », « Hangar », « Abri », « Cathédrale » »,.. Le P.C. de Londres, destinataire des messages, était évoqué sous le pseudonyme de « DONJON ».

 

En ce qui concerne la coordination et le commandement opérationnel, le coeur du système fonctionnait dans un ensemble appelé « Grand Hôtel », poste de commandement central, auquel incombait, pour une zone donnée, la mission d’assumer la direction des services communs.

Ces services avaient la lourde tâche d’assurer le fonctionnement des transmissions, de réaliser les opérations d’atterrissage et de parachutage, d’organiser les liaisons marines et de régler tout problème découlant des opérations à mener, ainsi l’autodéfense, les fausses identités, les finances, les évasions, et l’assistance aux familles éprouvées.

En été1943, sur les 3000 résistants que comptait le réseau, un tiers étaient des membres actifs permanents travaillant sous pseudonyme, soutenus par une infrastructure de base composée d’informateurs, de boîtes à lettres, de personnes disposant d’emplacements de postes émetteurs, ou encore mettant à leur disposition des lieux d’asile.

Tous réalisaient la gravité de leur mission, et, comme l’écrira plus tard l’avocat allemand Hermann : « Ils étaient absolument conscients des risques encourus et tout aussi conscients des conséquences auxquelles ces risques les exposaient ».

 

Tout fonctionnait apparemment pour le mieux, lorsque éclata le coup de tonnerre suscité par l’arrestation du Colonel Léon. FAYE. (alias « Aigle »), pris au piège par l’ABWEHR à AULNAY-sous-BOIS, à la suite d’une trahison, le 16 septembre 1943, lendemain de son retour de sa troisième mission de liaison à Londres.

 Il sera condamné à mort et exécuté le 30 janvier 1945 avec 818 compagnons d’infortune détenus au camp de SONNENBURG (Poméranie), la veille de la libération de ce secteur par les troupes soviétiques.

 

 

Comment un tel désastre avait-il pu se produire ?

 

Des recherches immédiatement entreprises confirmèrent bientôt des soupçons qui avaient déjà percés çà et là concernant la présence de « taupes » infiltrées au sein du réseau par l’adversaire. On en découvrit deux dont les activités furent lourdes de conséquences.

La première, se révéla être un agent radio, de nationalité anglaise, dont les activités s’étendirent du mois d’août 1941 à octobre 1942. Sélectionné par l’Intelligence Service et parachuté en renfort au réseau dès le début de ses activités, il se révéla un adepte convaincu d’Oswald MOSLEY, le chef du parti fasciste anglais... Condamné à mort par les Anglais, il fut exécuté à leur initiative.

La seconde, de nationalité française, fut active à partir de l’été 1942 jusqu’au début de l’année 1944. Elle apparut sous la forme d’un agent en place, infiltré par la Gestapo au sein du réseau, et qui avait réussi peu à peu à approcher les milieux de l’état-major. Découvert, il réussit à prendre la fuite. Reconnu et arrêté à la libération de Paris, il fut condamné à mort et fusillé.

Dans le premier cas, il en résulta l’éclatement du secteur opérationnel « Bretagne », d’une partie de celui de la Normandie, ainsi que la disparition d’éléments d’infrastructure du P.C. «Grand Hôtel » de Paris».

La deuxième secousse sera encore plus importante, puisqu’elle s’abattit simultanément sur le Nord, à nouveau la Bretagne et la Normandie, Paris, le Centre et Lyon. Elle sera à l’origine de 233 arrestations, suivies d’autant de condamnations à mort.

 Considérés comme « terroristes » et non comme soldats, tous les membres d’Alliance seront fichés d’emblée par l’occupant dans une catégorie spéciale, connue sous l’appellation « Nacht und Nebel » ( Nuit et brouillard ).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Leur sort était fixé d’avance et les ordres donnés les vouaient d’emblée à la mort et à la disparition totale jusqu’à leur corps, «  comme s’ils n’avaient jamais existé ». C’est ainsi que tous les membres du réseau « Alliance » détenus dans les prisons ou camps, furent exécutés systématiquement à l’approche des Alliés.

 

Pour l’heure, la Gestapo et l’Abwehr jubilaient. Un peu trop tôt peut-être, car le réseau, durement touché à plusieurs reprises au cours de ses années de lutte, renaissait chaque fois de ses cendres grâce aux nouvelles équipes venant prendre la succession des héroïques anciens.

 

MARIE-MADELEINE (alias « Hérisson »), qui séjournait à ce moment fatidique à Londres, où elle était l’hôte de Sir Claude DANSEY, le patron de l’Intelligence Service, accusa d’autant plus durement l’amputation d’une partie vitale de son réseau et la disparition d’ «Aigle », son chef d’état-major, avec lequel elle était restée en liaison quotidienne depuis son départ de France, qu’elle dut se soumettre, après 32 mois de clandestinité exténuants, à une série de traitements médicaux urgents.

Avant de quitter la France, elle avait cependant pris la précaution de désigner un successeur chargé de prendre sa relève en cas d’absence ou de difficulté majeure. Le candidat choisi s’appelait Paul BERNARD, (alias Martinet), industriel résidant à Paris.

 

L’arrestation du Colonel FAYE, qui disposait des plus larges pouvoirs, mit immédiatement Bernard en selle. Il tombera lui aussi entre les mains allemandes le 17 mars 1944, ce qui incitera Marie-Madeleine à rentrer dans les plus brefs délais. « Martinet » sera remplacé provisoirement par Jean SAINTENY (alias  « DRAGON ») ; arrêté à son tour le 7 juin.

 

« La Patronne », revenue début juillet, reprit immédiatement les rênes en main. et réorganisa aussitôt le réseau. Arrêtée par hasard lors d’une rafle, elle réussit miraculeusement à s’évader au cours de la nuit suivant son incarcération. Elle continua ensuite ses missions jusqu’au jour de la libération du territoire.

La Gestapo et l’Abwehr furent, faut-il le souligner, d’une efficacité redoutables.

Ils n’eurent néanmoins pas le dernier mot !

EPILOGUE

 

Le Commandant Georges LOUSTAUNAU-LACAU  eut la chance de survivre aux épreuves endurées durant ses détentions et siègera encore comme député de Pau en 1951. Il décédera quelques années plus tard des suites de sa déportation.

Paul BERNARD, ayant perçu des échos à propos du complot contre Hitler, fut acheminé après son arrestation à Berlin pour approfondissement de son dossier.

Servi par la chance, il eut l’opportunité de s’échapper de sa prison au cours d’un bombardement de la ville et fut sauvé par des résistants...allemands. Rentré en France, il se relança dans les affaires et créa la Société de transports aériens internationaux «T.A.I. ».

 

 

Marie-Madeleine MERIC, « La Patronne », s’occupa pieusement des 432 disparus et porta aide à leurs familles. Elle cultiva la mémoire de ses camarades du Réseau et nous laissa un témoignage des plus poignants du combat mené par ces Français patriotes, rassemblés dans la foi et la fierté autour d’elle dans le seul but de libérer leur patrie.

La rédaction d’un document historique intitulé « Mémorial de l’Alliance », fut pour elle un devoir sacré. Constitué à base de documents d’archives rassemblés immédiatement après la Libération, elle y exprima son souci de conservation de la mémoire d’une belle épopée de l’histoire, mais aussi la peine profonde ressentie à la pensée de tous ceux qui lui furent proches et qui trouvèrent la mort à ses côtés.

En 1968, paraîtront chez PLON ses mémoires sous le titre: «L’Arche de Noé.  Bouleversant témoignage d’événements exceptionnels, vécus à l’échelle humaine au sein d’un réseau de résistance remarquable, dont la modestie est demeurée à la mesure de l’exemplarité de son héroïsme. Ce document, hors du commun, a été réédité en 1998 chez le même éditeur.

Elle créera et présidera tout au long de sa vie « L’Association Amicale Alliance », qui regroupe l’ensemble des rescapés et ceux de leurs descendants désireux d’assurer la pérennité du souvenir de leurs aînés.

Marie-Madeleine FOURCADE est décédée en 1989 à l’âge de 80 ans.

Par décision spéciale prise en sa faveur au niveau le plus élevé de l’Etat, elle eut l’honneur d’obsèques militaires à l’église nationale des Invalides. Cet honneur est celui rendu par la patrie reconnaissante à tous les membres du réseau, jusqu’à son plus humble agent.

La cérémonie du 7 avril 2001, organisée en leur mémoire par le Souvenir Français de Strasbourg sous l’impulsion de sa présidente, Madame Mireille HINCKER, en est le prolongement et le rappel en Alsace.

C’est en effet dans notre région, que le SS-Obersturmführer GEHRUM, chef de la section III du contre-espionnage de la Gestapo de Strasbourg, sévit le 1er septembre 1944 au camp de concentration du Struthof, puis en novembre dans la vallée du Rhin, en exterminant individuellement et systématiquement à l’approche des troupes alliées, la totalité des 178 prisonniers du réseau de renseignements français encore détenus dans cette zone.

A nous le souvenir, à eux l’immortalité !

Le Colonel (ER) Bernard SCHENK

Délégué général honoraire du Souvenir Français du Bas-Rhin

 

Bibliographie :  

- Mémorial de l’Alliance, (Association Amicale Alliance 1948), Marie-Madeleine FOURCADE ;

- L’Arche de Noé, Réseau Alliance 1940-1945,- (PLON-1968),   M.-M. FOURCADE ;

- L’Escalier sans retour, (Editions France-Empire 1984), Capitaine F.RODRIGUEZ, alias « PIE » .

- Documentation personnelle et archives du Dr KNEBUSCH.

INAUGURATION D’UNE STELE « ALLIANCE »

KARLSRUHE 1er Avril 2014