Le Souvenir Français a ses racines en Alsace et en Lorraine occupées où, depuis 1870, une pieuse coutume s'était établie dans de nombreuses localités : le jour des morts des jeunes filles, en vêtements traditionnels de fête, fleurissaient les tombes militaires de leur commune, en glissant furtivement sur les tombes françaises une cocarde tricolore, témoignage de leur souvenir et de leur espérance.

En 1882, François Xavier NIESSEN, professeur alsacien, constata le mauvais entretien des tombes des soldats français et décida d'y remédier. En 1887, à Neuilly-sur-Seine, il créa notre Association qui fut reconnue d'utilité publique par décret du 1er février 1906, et dont la mission essentielle était d'entretenir les sépultures de tous ceux qui étaient tombés pour la défense de la patrie.

En 1907, alors que des groupements existaient dans 81 départements, un comité se forma en Lorraine occupée, sous l'impulsion de monsieur J.P. JEAN, fils et petit-fils de soldats français, qui étendit le mouvement dans plus de 500 communes. Le 8 octobre 1908, il réussi à faire ériger et inaugurer sur le plateau de Noisseville, aux environs de Metz, sous les plis du drapeau tricolore et en présence de 20.000 personnes, un monument consacré aux soldats français tombés glorieusement au champs d'honneur.

L'élan donné en Lorraine se communiqua à l'Alsace, où le 17 octobre 1909 le monument national de Wissembourg était inauguré sur le Geisberg, au chant de la Marseillaise : le coq gaulois s'y dressait fièrement. Plus de 400 communes d'Alsace avaient pris part à la souscription organisée par A. SPINNER, de Wissembourg, pour honorer la mémoire de ses enfants tombés pour sa défense en 1705-1706 sous le maréchal de VILLARS, en 1793 sous le général HOCHE, en 1870 avec le général Abel DOUAY.

 

Mais ces manifestations ouvrirent les yeux des Allemands qui croyaient que l'amour de la France était à jamais mort dans le cœur lorrain et alsacien. Il déplacèrent le Statthalter d'Alsace-Lorraine et résolurent de mettre un frein à la propagande française faite par notre Association. Ils interdirent les manifestations du Souvenir Français et, en janvier 1913, il prononcèrent sa dissolution. Dès le début de la guerre, en 1914, les membres des comités d'Alsace et de Lorraine furent pour la plupart incarcérés ou dispersés dans le reste de l'Allemagne.

La guerre de 1914 - 1918 apporta bien des perturbations dans nos comités où un grand nombre d'animateurs furent appelés sous les drapeaux et où l'invasion entraîna la disparition de 150 comités. Mais, dès 1915, avec l'aide des femmes et des jeunes gens, 53 nouveaux comités purent être créés. L'effort réalisé permit la création de plus de 200 cimetières militaires, l'édification de 50 monuments funéraires et l'organisation de nombreux pèlerinages patriotiques.

 

La victoire, consacrée par l'armistice de 1918, permit de faire le point de notre tâche. Aux 88.000 tombes de la guerre de 1870-71, vinrent s'ajouter celles des 1.700.000 morts au champs d'honneur ou décédés dans les hôpitaux des suites de leurs blessures.

De 1918 à 1939. En raison de l'amplitude des charges à assurer, l'État ne tarda pas à apporter à notre association la puissance de son concours moral. Par la loi du 31 juillet 1920; le Service National des Sépultures, créé au Ministère des Pensions (aujourd'hui Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre) prit complètement en charge les cimetières militaires, dits cimetières nationaux de l'ancienne zone des armées. A l'intérieur, ce soin fut confié, soit aux municipalités, soit  le plus souvent à la demande de ces dernières, au Souvenir Français qui recevait une très modeste subvention d'entretien. En outre, le Souvenir Français continua à assumer la conservation des grands Mausolées, Cénotaphes, Ossuaires qu'il avait fait édifier ou qui lui avaient été confiés.  

De 1939 à 1945. Nos comités intensifièrent leur activité pendant la guerre, partout où cela fut possible ; nos représentants recherchèrent toutes les sépultures et entretinrent sans plus attendre celles d'entre elles qui étaient délaissées.

Les Comités participèrent aux identifications en accord avec le Secrétariat d'État aux Anciens Combattants et recherchèrent les victimes des bombardements, de même que celles des militaires de l'armée régulière, des F.F.I. ou des aviateurs et parachutistes alliés ou nationaux.

De nos jours, le Souvenir Français comprend plus de 200.000 adhérents répartis dans tous les départements et à l'étranger et de nombreuses associations soutiennent directement son action. A l'échelon national, il est dirigé par un Conseil d'Administration et un Comité Directeur. A l'échelon départemental il est animé par un Délégué Général, et articulé en comités de communes, de villes ou de cantons.

Hors de France, il maintient le souvenir de ceux qui sont morts pour la France en étroite collaboration avec les ambassades, dans près de 60 pays étrangers.