Après 25 ans de service prestigieux sous les trois couleurs, l’adjudant-chef Rossi est affecté le 1er janvier 1977 au sein du bureau de recrutement de Strasbourg et détaché pour emploi auprès du ministère de l'Éducation nationale de janvier 1977 à décembre 1996. En effet, sa volonté de continuer à servir le pousse désormais à se consacrer aux plus jeunes. Ainsi, pendant presque vingt ans, ses qualités foncières, son sens des rapports humains et son rayonnement trouvent leur plein épanouissement en tant que conseiller d'éducation des lycées professionnels Jean Geiler et Baldung-Grien de       Strasbourg. Une nouvelle fois, Georges arrive à insuffler à la jeunesse qui le côtoie son patriotisme, sa courtoisie, son affabilité et ses valeurs. Attaché à la France et à sa région d’adoption et désireux de « conserver la mémoire de ceux et celles qui sont morts pour la France », l'adjudant-chef Georges Rossi se consacre, en parallèle de  cette nouvelle carrière, aux anciens combattants et à l'association du Souvenir Français du Bas-Rhin dont il sera le porte-drapeau jusqu'à son décès. Lors de ses temps libres, il continuera à pratiquer du sport notamment du volley-ball qu’il pratiquera d’ailleurs jusqu’à plus de 60 ans.

Adjudant-Chef Georges ROSSI

Georges Rossi est né le 15 décembre 1933 à Hué en        Indochine française, actuel Viêt Nam, d’un père corse et   d’une mère d’origine vietnamienne. Adolescent, il sera    particulièrement marqué par le drame vécu par son pays   natal au cours de la Seconde Guerre mondiale, malmené par la férocité des japonais, les exactions chinoises et les      premiers attentats Viêt-minh. Face à cette situation et     désireux de « s’instruire pour servir », il effectuera sa scolarité de 1948 à 1952 au sein de l’école d'enfants de troupe de Dalat (EETD), destinée en priorité aux jeunes eurasiens, et appartiendra à la promotion « Général de Lattre de Tassigny » (1951-1952). Instruction militaire, entrainement au    combat et sport contribuent à remplir la mission de cette école qui est de favoriser le recrutement pour les Troupes de l'Union Française de cadres français, originaires du pays, connaissant la langue et les coutumes locales et adaptés aux conditions de vie et de climat particuliers à l’Asie du Sud-Est. Tout en étant maintenu à l’EETD pour y terminer le peloton d'élèves gradés,

 

L'adjudant-chef Georges Rossi décède le 21 décembre 2003 quelques jours avant Noël après un terrible et dernier combat contre une longue maladie. Cette dernière bataille, il la mena avec le même courage que jadis les combats pour défendre la liberté de son pays et les valeurs qui lui étaient chères. Son départ crée une vive émotion parmi tous ceux qui l’ont connu, estimé et aimé : sa famille, ses anciens camarades enfants de troupe, les cadres

et soldats de l’arme du Train en général et du « 519 » en particulier mais aussi les membres du Souvenir Français et des associations patriotiques d’Alsace ainsi que ses camarades de l'Éducation nationale.

Chevalier de la Légion d’honneur, médaillé militaire, quatre fois cité, l’adjudant-chef Rossi était un chef courageux et charismatique particulièrement apprécié pour son sens de l’engagement, ses remarquables qualités et son esprit de camaraderie. Amoureux de son pays, altruiste, combattant et sous-officier exemplaire, il est un exemple à suivre pour les jeunes générations.

Georges choisit de servir dans l’arme du Train et s'engage, le jour de ses 18 ans, au titre du 503e groupe de transport      stationné à Hué où il servira comme brigadier-chef en 1952. À compter du 1er février 1953, il est affecté au sein du 255e   détachement de circulation routière, implanté dans la même garnison, et sera promu maréchal des logis le 15 septembre de la même année. Pour avoir pris part à de nombreuses         opérations sur ce théâtre le général Raoul Salan, commandant le corps expéditionnaire français en Indochine, lui remet, le 15 mai 1953, la médaille coloniale avec agrafe « EXTRÊME-ORIENT ».

 

Après avoir vécu douloureusement le retrait de la France de ce pays où il avait ses racines et qu’il aimait passionnément, Georges est affecté en métropole. En attendant de rejoindre le 519e bataillon de marche du train (519e BMT), en cours de  réarticulation en vue de s’adapter à ses nouvelles missions, il sert de septembre 1954 à février 1956, comme chef de groupe au sein du 123e escadron de réserve générale du train, du 528e puis du 524e groupe de transport.

 

Après un rapide passage à Tours au sein de l'école d'application du train en vue d’y passer un examen de cursus, le maréchal des logis Rossi rejoint le 519e BMT, à Casablanca, en mars 1956. Formé au combat d’infanterie, il est désigné en 1957 comme sous-officier adjoint en section de combat. De nouveau éprouvé par le repli des différents postes tenus par son unité dans le Rif, la région de Fès et du Tafilalet, il se prépare à faire mouvement avec le bataillon en Algérie du fait des insurrections en cours sur cette terre alors française. Pour les services rendus durant ses deux années de présence au Maroc, il recevra la médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l'ordre en Afrique du Nord et sera promu au  grade de maréchal des logis-chef le 1er janvier 1958.

C’est avec ce nouveau grade que Georges participe aux opérations de maintien de l’ordre dans le sud oranais, du 10 janvier 1958 au 29 décembre 1959, dans le massif du djebel Amour. Au cours de cette période, il se distinguera à de nombreuses reprises dans son      régiment de coeur qu’est le 519. Le « régiment de la Jonque », créé en Indochine en 1946, vient alors d’adopter une nouvelle appellation pour s’adapter pleinement à ses missions : 519e bataillon du train à pied (519e BTAP). Georges sera de nouveau employé comme sous-officier adjoint en section de combat avant d’être affecté dans une section de commando de chasse où il occupera brillamment la même fonction. Le 5 janvier 1959, au cours d'une     opération héliportée dans la région de Mkam Sidi Aek (secteur d'Aflou), le maréchal des logis-chef Rossi met hors de combat deux rebelles et récupère des armes ainsi que des munitions. Cet acte lui vaut d'être cité à l'ordre de la brigade avec attribution de la Croix de la Valeur militaire. Le 24 mai, au nord de Ksar El Hirane (secteur de Laghouat), au cours d'une nouvelle mission héliportée, il prend la tête de l'équipe de réserve. Après avoir posté ses deux fusils mitrailleurs, il vient appuyer, au plus près, son chef de section alors engagé dans un combat rapproché. Pour ce fait d’arme qui permettra le désengagement d'un blessé très grave et la mise hors de combat de quatre adversaires, Georges obtiendra une citation à l'ordre de la  division. Dans la nuit du 23 au 24 octobre, à la tête d'un élément léger, lors d’un coup de main dans la région nord de Sidi Okba (secteur d’Aflou), il neutralise un rebelle récupérant ainsi son arme et des documents précieux pour le commandement. Pour cette nouvelle      action, il reçoit une seconde citation à l'ordre de la brigade. Enfin, le 5 novembre 1959, dans la région de Taouiala (secteur d’Aflou), il est accroché avec sa section par un fort élément  rebelle. Pour avoir contribué à la mise hors de combat de plusieurs adversaires et à la récupération d'armes et de documents mais aussi entrepris une contre-attaque qui a mis en fuite l’assaillant, il se voit attribuer une nouvelle citation à l'ordre de la division.

 

Ainsi, mise à part une courte période entre l’Indochine et l’Afrique du Nord, Georges Rossi, jeune sous-officier, a passé ses dix premières années de service au combat dans des conditions morales et physiques particulièrement difficiles.

Du fait de son savoir-faire mais surtout de son savoir-être, le maréchal des logis-chef Rossi est affecté, le 1er décembre 1959, au sein du 1er régiment du train qui a vocation à soutenir de nombreux organismes politiques et militaires de la région parisienne. Pour ses nombreux faits d’armes au sein du 519e BTAP et les services    rendus à la nation, il sera décoré de la Médaille militaire en 1960 et sera nommé adjudant à l’aube de ses 28 ans.

Le 1er mars 1965, Georges est affecté au sein des forces françaises stationnées en Allemagne (FFA) pour   servir comme adjudant d’unité au sein du 535e groupe de transport (535e GT) de Karlsruhe. Calme, maître de lui, de ses émotions et de ses sentiments en toutes   circonstances, l’adjudant Rossi obtiendra sans aucune difficulté l’estime de ses chefs et l’adhésion de ses     subordonnés. Durant son séjour aux FFA, Georges sera promu au grade d'adjudant-chef et sera désigné, du fait de son expérience, sa sérénité, sa disponibilité et ses remarquables qualités humaines et professionnelles, comme président des sous-officiers mais aussi comme capitaine de l'équipe de tir du 535e GT et interlocuteur privilégié d’une formation de l’armée de terre            allemande.

Le 17 juillet 1973, Georges est affecté au sein du 40e escadron de quartier général de Strasbourg où il sera particulièrement apprécié, une nouvelle fois, par ses chefs, ses pairs et ses soldats pour sa façon de gérer les moyens de transport de cette unité. Pour sa remarquable contribution dans le cadre d'un exercice de manoeuvre du niveau armée, il recevra une lettre de félicitations du général François Valentin alors commandant de la Première Armée et gouverneur militaire de        Strasbourg.

 

Pour récompenser son engagement spontané en Extrême-Orient, sa terre natale, et la qualité des services rendus alors qu’il était à peine âgé de 18 ans, la Croix du combattant volontaire avec agrafe « INDOCHINE » lui sera attribuée, par le ministre de la Défense, le 18 décembre 1985. Cette décoration est particulièrement rare ; en effet, on y retrouve à la fois l’esprit de la Légion d’honneur, celui de la Médaille militaire mais également celui de la Croix de guerre. Le 12 décembre 1991, Georges est nommé adjudant-chef honoraire. Enfin, couronnement d’une vie toute entière consacrée au service de la France, il est élevé au rang de chevalier de la     Légion d'honneur le 11 avril 1996, décoration qu’il recevra le 14 juillet, sur le front des troupes, à Strasbourg, sa dernière garnison.