L’histoire des déserteurs du 99ème régiment d’infanterie de réserve de Saverne

par

Philippe TOMASETTI

(Extraits d’un article paru dans les Dernières Nouvelles d’Asace par Emmanuel Viau)

 

    Philippe Tomasetti professeur d’histoire-géographie, passionné pour Auguste SPINNER  qui était  alsacien,artiste ,délégué général du Souvenir Français en Alsace à l’origine du Monument Geisberg consacré aux soldats français tombés au champ d’Honneur autour de Wissembourg..

Il était également  espion pour les Français, engagé volontaire dans l’armée française et  chargé pendant la première guerre de recueillir et trier les témoignages de 18 000 déserteurs d’Alsace-Lorrraine,

 

C’est en suivant les traces de ce personnage historique complexe,que Philippe Tomasetti est tombé sur des documents inédits à partir desquels il a retracé le récit de l’histoire  incroyable des loyautés alsaciennes lors de la Première Guerre mondiale.

  L’Alsace, alors sous contrôle impérial, est appelée en 1914 à se battre contre la France.

A cette époque, la grande majorité des hommes en âge de porter les armes rejoignent les rangs allemands car au début du siècle dernier l’Alsace est allemande depuis plus de 40 ans et l’autorité n’y pratique pas la même violence et ne rencontre pas la même résistance que durant le prochain conflit mondial.

Certes, nombreux sont les Alsaciens restés francophiles.

 Parmi eux les hommes du 99ème Régiment d’infanterie de réserve de Saverne.

 

Le 3 août 1914, la Première Guerre mondiale est déclarée. Tous les réservistes sont mobilisés aux côtés de l’armée impériale.

Le 6 août, ils sont plusieurs centaines de soldats du 99ème RIR à quitter Strasbourg avec armes et canons, en  direction la vallée de la Bruche où le 7 août ils établissent des positions fortifiées.

Une fois les tranchées creusées, les mitrailleuses installées, tout est prêt :

on attend les Français.

Mais lorsque ceux-ci approchent, le 14 août « des choses bizarres vont se produire »

D’abord quand le commandement prussien ordonne au 99ème RIR de faire parler l’artillerie, il est « effaré de constater que les mitrailleuses tirent en l’air, partout, sauf sur les soldats français »

 Ces derniers n’y comprennent rien et font feu.

 

 

 

 

 

Pendant toute la journée les alsaciens « vont essayer de leur faire comprendre qu’ils n’ont rien à faire avec tout ça », agitant discrètement des mouchoirs blancs à leur attention.

Rien n’y fait.

 La mitraille continue.

Les combats sont de plus en plus violents jusqu’à ce qu’en fin d’après-midi, n’y tenant plus, un alsacien, le soldat Eugène Klein, « décide de courir vers les français, qui sont alors à 500 mètres des tranchées allemandes ». torse nu , chemise blanche brandie en guise de drapeau.

Suit un autre, puis encore un autre. Exactement 584 soldats alsaciens jetant les armes et traversant en courant les lignes de partage des troupes, agitant mouchoirs ou chemises et causant une belle pagaille dans les rangs allemands.

 

C’est presque tout le régiment qui déserte alors d’un coup, en pleine bataille.

 

Le 15 août , tous sont envoyés derrière les lignes, à Saint-Dié. A partir de là, quelques-uns s’engagent dans l’armée française. On leur attribue  des faux passeports avec des  « noms de guerre » d’autres sont fait prisonniers « reconnus, envoyés en forteresse puis fusillés ». D’autres enfin ont été envoyés sur les fronts du Maghreb ou de la Turquie. Mais la plupart travailleront derrière les lignes, au camp de prisonniers de guerre alsaciens-lorrains de Saint-Rambert-sur-Loire, fabriquant des obus et aidant la population aux champs.

 

Le 99ème RIR été baptisé le « bataillon aux mouchoirs blancs » en mémoire de ceux qui « refusèrent  de se battre contre leurs frères de France » 

 

L’histoire des déserteurs du 99ème régiment
 d’infanterie de réserve